Sunday, May 9, 2010

Recent food adventures


My last post was meant to be an update about what I have been eating recently, but instead it turned into a rant about chefs on the Food Network. I guess I just needed to get it out my system, sort of like what happened with those weird carnitas tacos I had the other day. Fortunately, my eating of late has agreed with me much better. Here's what it was:



Chicken with Creamy Fennel Sauce and Rice Pilaf
I just finished the leftovers of this today at work. Let me tell you, it was great. I was looking for something to go with the delicious Haut Marin white wine from the Côtes de Gascogne region that I got at my favorite neighborhood wine store, Vintage Berkeley. So I searched rather open-endedly for "white wine recipe." As you know, or are about to find out, I love sauces, any kinds really, nice saucy sauces that just beg for a good dipping. And I was in the mood for a creamy one and so when this was at the top of the list, I looked no further. I love fennel for its crunch, yet subtle spiciness and pungent aroma, and I also like the marriage of nutmeg and cream, a common combination in French cooking. And the herbes de provence seemed like a stroke of genius. So I decided to try it, with my own modifications of course. The wine was great, super dry and tart. It puckered my tongue and reset my palate for the onslaught of each creamy spoonful of creamy, ricey, warm, chickeny goodness. The original recipe called for cream cheese and also for using either half and half or cream. When I use cream in a sauce, I always end up adding milk at the end anyways since it comes out too thick. Since my recipe was going to involve cooking the chicken in the sauce at the end it was definitely going to have to be the latter so that my sauce wouldn't coagulate. Also, I couldn't really justify buying a whole container of cream cheese just to use one tablespoon of it. So I omitted it. I thought about using feta instead, since I have some in my fridge, but finally decided on parmesan instead, leaving the feta's strong flavor for another sauce. For sauces I always try to use the same pan in order to preserve the flavors of all the different ingredients. Its kind of a juggle, but it's worth it in the end. Hope you enjoy!



Ingredients


1 tbls. vegetable oil
Chicken Thigh and drumstick, or whatever pieces you want
2 fennel bulbs
1 shallot
2 cloves of garlic, minced
3 tbsp. butter
2 tbsp flour
1 cup dry white wine, Haut de Marin
2 cups 1/2 and 1/2
1/2 tsp herbes de provence
pinch of freshly grated nutmeg
salt and pepper to taste
1 tsp sugar
grated parmesan, to taste
1 tbls. butter
2 c. long-grain white rice
3 c. water
1 tsp salt




1. In a large skillet, sear chicken pieces on medium-high heat in a tbls. of vegetable oil 5-8 minutes on both side until each side is brown and crispy. Remember not to crowd the pan. Remove from heat and reserve on a plate.
2. In the meantime, chop the fennel into short 1/4 inch strips, cut down the side of the shallot and then slice into rounds, and mince the garlic. See Note on chopping fennel bulb
3. When the chicken is out of the skillet, add 1 tbls. butter and sauté the fennel, garlic, and shallot together until they are translucent, but not soft! (about five minutes) Then remove them from heat and reserve.
4. Turn the heat to medium-high and add the remaining butter and flour to the mixture in order to make a quick roux. Make sure to stir constantly so as not to burn the flour! Do this for about 5 minutes or until the color of the roux is light brown.
5. Remove from heat and allow to cool slightly. Add the wine (room temperature) to the mixture, slowly, stirring to scrape up and dissolve solids from the bottom. Then, add the half and half, reserved vegetables, herbes de provence, and freshly grated nutmeg (careful with this ingredient because the flavor of nutmeg can be overwhelming. Finally, add the chicken. Cover, and allow to simmer for 15-20 minutes, or until the chicken is cooked through.
6. At this time, in another pan, saute the rice in 1 tbls. of butter for 3 minutes or until the rice is golden brown. Then, pour over water, add salt, and bring to a boil. When water is boiling, reduce heat to low and cover tightly. Cook for 15 minutes and then turn off the heat and allow the rice to continue steaming for 15 more minutes. It is very important not to take off the lid!
7. When all is done, serve the chicken in its saucy, goodness with the rice, and perhaps, a steamed vegetable or light salad. And of course, a glass of your tasty, tangy white wine on the side and enjoy!

Serves two + leftovers!



Note on chopping fennel bulb: Fennel is an oft-forgotten aromatic, but it's oh-so-good. Special thanks to the internet for these fennel-chopping directions. First, remove fronds and stalks from the bulb. Quarter the bulb lengthwise and then, cutting diagonally toward the bottom, remove the hard core from the bulb. Then chop widthwise up the quarters to achieve the thin, short strips look.

Saturday, May 8, 2010

"Love your zombie!"

Le zombie au cinéma a une histoire et une longue iconographie derrière lui. On le reconnaît facilement par sa gestuelle, au pire par ses yeux, puisqu'il n'en a plus. Dès lors que dire de plus sur les zombies? le principe absolu selon lequel un zombie appelle un film d'horreur a fait son temps depuis Evil Dead, ou même, dans une acception élargie du zombie, depuis The Village of the Damned. Aujourd'hui, il se fissure de plus en plus à mesure qu'à défaut de ne pas faire peur, le zombie est tout de même devenu à l'écran un compagnon sympathique qu'on regarde agir avec enthousiasme. Comment pourrait-on s'écrier avec autre chose que du plaisir dans la voix : "Oh ! un film de zombie !"

La bonne surprise vient donc quand ce n'est pas un film de zombie, c'est-à-dire un film d'horreur. Deux possibilités : le faux documentaire, soit à l'anglaise (Dead Set, 28 days later) soit à l'espagnole (Rec), pour le mélange réalité/fiction à exploiter ; mais on reste dans l'esprit du film d'horreur, puisque le zombie fait peur. Ou alors, le film transgenre, et à ce titre deux exemples : Jennifer's Body et Otto;or up with Dead People.

Dans ces deux films, le parti pris de se détacher de la catégorie "Horreur" se traduit par l'invasion à l'écran d'un ou de plusieurs autres genres. Dans Jennifer's Body (2009), c'est surtout l'ambiance du teen-movie qui s'impose partout, et qui subtilement affaiblit la gravité de la situation : Jennifer est devenue une succube, elle mange tout le monde autour d'elle. Comme elle est aussi en plein âge de popularité et que manger la rend plus belle, l'importance de la faute lui échappe. Du coup, elle n'est plus effrayante ; d'ailleurs comment Megan Fox pourrait-elle être effrayante ?

Dans Otto; or Up with Dead People (2008), la confusions des genres est plus marquée : l'équipe du tournage de Up with Dead People, sorte de collectif avant-gardiste mené par une gourou thanaturge, assemble des séquences fragmentaires qui, tour à tour, forment un film porno gay, un muet des années vingt (on est à Berlin), un "documentaire" sur Otto lui-même ; et d'autres images encore, dans lesquelles Otto reste toujours le même, zombie parmi les acteurs ; si bien qu'on doute parfois de l'univers de référence de tel plan : est-on dans le film, dans le film-dans-le-film, dans l'après-tournage ? Otto est un personnage qui n'appartient à aucun fil narratif entier ; il passe mais n'est personne, il n'a pas d'histoire à intégrer.

Ainsi on en arrive à la description minimaliste du zombie : quel est-il, quelle est son errance. Comment perd-il son temps à marcher sans but. Otto est tout pardonné d'être un zombie : on aurait envie de le laver. On obtient quelques images de son passé d'être vivant, et il est clairement navrant de comprendre la vie qu'Otto a laissé en devenant un mort. C'était le bonheur, il était jeune et beau.

Jennifer, au contraire, n'en finira jamais d'être jeune et belle : son histoire, son devenir s'est figé quand elle est devenue succube. Elle représente désormais une force de vie et de corporéité insatiable, réjouie particulièrement de goûter la chair des garçons. Si Otto a de son côté beaucoup de sexualité à apprendre pendant son parcours, il ne mange certainement jamais avec beaucoup de concupiscence ; les lapins, les chats lui laissent des baves de sang qu'il traîne dans la poussière des entrepôts : il n'est pas fashion.

On comprend dans Jennifer's Body qu'un choix incombe à Jennifer : elle peut manger qui elle veut (tout son neighborhood en fait les frais), mais son corps sera d'autant plus incroyable qu'elle lui aura offert des nourritures de choix. Ainsi l'instinct de mort et l'instinct sexuel se disputent l'histoire, et le mélange de genre acquiert une logique. Dans Otto, la dialectique est plus tortueuse, notamment parce que c'est un film de Bruce LaBruce. La "résonnance" queer bourdonne de partout, court-circuite les interprétations et les symboles, pose des métaphores ambiguës. La voix de la réalisatrice de Up with Dead People raconte une réalité historique tout autre que celle qu'on connaît : les zombies sont, peut-être pas ordinaires, mais répandus. Ils ont développé des compétences physiques ; ils ont un appétit sexuel. Ils se sectorisent et prolifèrent selon un schéma particulier : ce sont des zombies gay. (On est à Berlin).

Otto, lui, semble avoir perdu tout penchant sexuel ; une scène au début du film le montre dans le métro, assis en face d'une femme clairement dégoûtée par son odeur, et qui dans sa vision de zombie lui fait des clins d'oeil aguicheurs. A-t-il acquis la connaissance d'une autre vérité des sentiments humains, voit-il la pensée interne des gens se refléter sur leur corps ? On ne sait pas tout ce qui se passe dans la tête d'Otto, qui vibre en permanence de toutes les ondes magnétiques présentes dans son secteur. Son lien à l'être humain est un peu confus. Son identité de zombie gay, qui ne fait pas de doute selon l'historique de la narratrice, ne semble pas lui apparaître avec évidence ; deux autres zombies pourtant viennent s'exhiber devant lui : il ne part pas, mais il ne fait rien. On ne sait pas ce qu'il regarde. Il peut rester une nuit entière dans le noir, à regarder l'heure sur un réveil, pendant que dans son esprit repasse la vie passée. Jennifer a plus de chance, elle n'est pour ainsi dire pas morte ; ou si elle est morte, ça ne se voit pas. Elle a donc besoin d'être stoppée, tandis qu'Otto pourrait finir par s'assimiler à son environnement ; à la fin du film, on le voit, inquiet et pressé, longer un mur couvert de peintures et de messages (on est à Berlin). Otto se trouve à tous les endroits de la sphère humaine, à tous les moments de l'histoire : il est toute possibilité de mort, même une mort sentimentale. En effet, son existence même de zombie est la personnification, si l'on peut dire, d'une rupture qui a eu lieu dans sa vie : ainsi sa découverte du plaisir gay en tant que zombie correspond aussi à une reprise en main sentimentale, comme on sort d'un deuil ou comme on jette les photos d'un être aimé.

Évidemment, le zombie gay ou la zombie bimbo, il fallait le faire : c'est l'évolution naturelle du zombie de base. Si on s'écoutait, on aurait déjà Un Zombie au Sénat et Danse avec les Zombies (comédie musicale sur la guerre civile américaine, où les Indiens reviennent en zombies pour se venger du massacre). Déjà les histoires de zombies se mêlent de littérature : Pride and Préjudice and Zombies (2009), titre alléchant, indique l'envie d'un réinvestissement culturel par l'esprit du temps. Et l'esprit du temps, c'est une certaine, comment dire, "blaséification" (oh oui, pointille-moi ça en rouge) de notre univers culturel de référence. Pour s'en convaincre, un dernier exemple : American Zombie (2007). Là, dans une ambiance très "documentaire éclairé sur la société telle qu'elle est", on fait parler la communauté zombie, on apprend sa diversité, ses détresses, ses espoirs ; plus question une seconde d'avoir peur, le zombie ne se différencie des autres que par son discours, parce qu'il explique ce que c'est qu'être un zombie au quotidien – autrement, il a l'air tout à fait comme vous et moi. On touche donc aux limites du concept : le zombie intégré, adapté à la société humaine qu'il est revenu habiter après sa mort, sans que personne se formalise. On n'est même plus dans un film transgenre : on a simplement quitté, radicalement, l'univers de référence du sujet traité. Dès lors, le zombie est tour à tour sympathique, pathétique, politique, névrotique ; il fait ce qu'il peut de sa vie, il a son job comme tout le monde, il a souvent des capacités artistiques (sujettes à caution). On finirait par n'avoir plus besoin de le filmer, car le film devient presque ennuyeux. Heureusement qu'avec les zombies on peut toujours s'attendre à ce que la suite du film tourne au cauchemar.

Friday, May 7, 2010

Why Ina Garten is a Goddess

So I've decided that I'm going to do a series of posts about cooking, since it is something that I enjoy a lot. My goals are to use this blog as a training ground for my style, images, etc so I can perfect the cooking blog format. Eventually, I also want to create some videos. But first, this! As many people already know, my idol is Ina Garten from Barefoot Contessa. What I love about her show is the simplicity of the meals that she makes, but also the ambience. The show invites us in from the very beginning. The upbeat, but not overstimulating music that always remains the same excites the viewer, but also reminds him or her that they are going somewhere familiar. A series of moving images, vegetables tumbling from a basket, sauce poured over brightly colored desserts, Ina at the table with her friends. You can't help but fall in love with this charming hostess. Finally you enter into her kitchen and see that plump blue ball of a woman looking right at you and smiling with her warm, easy, smile. Ina, how I love you.

The show is also innovative in the way the camera treats the things that we see. On Barefoot Contessa the camera loves what it is seeing. It lingers on unimportant things, like Ina's hands as she chops, or a pyrex of water that she pours. We are just there in her kitchen, watching what she does everyday. We get to see the actual making and the pleasure that she takes in it, which cannot help but give us pleasure also. She isn't performing for us, she is simply doing, and telling us about it. Even when she does come out with a product, it just so isn't the point. She is always having her friends over, business meetings, making toasted marshmallows for a bake sale. The attraction of her show is that we get a window into her life, and she just happens to make some great food. 

On other cooking shows, we don't get to see the doing. In fact, there isn't really any doing happening. It is simply a performance of making that stands in for the actual thing. This is of course, especially evident in the tride and true "Here we have one that's already cooked," but, less obviously in the camera angles, the presentation, and thematic aspects. Emeril, Live! is most obviously a performance. Filmed before a live studio audience with snacks and fake dinner guests sitting across from him, his bombastic personality tries to fill up the whole left by the absent cooking. He does little things here and there in his studio kitchen which is continually morphing (sometimes there's a deep fryer, sometimes a kitchen-aid mixer, etc.) but these are merely demonstrations not so you can replicate the recipes, but simply so he can talk about them. Camera shots zoom overhead while he fries hush puppies but his explanations are always about him, not about the food. In Giada's kitchen, we see a performance of a culture, an Italian-American culture the authenticity of which is continually pointed to by various anecdotes, "real Italian" ingredients, and not to mention her perfect Italian pronunciation of certain special words. Although she apparently was born in Italy, making her claim to authenticity "valid," it the overemphasis and overt performance of it that makes it banal. You cannot forget for one moment while watching her show that she is Italian. Unless you're looking at her cleavage, like this guy here. Yes, sex and cooking apparently do mix. Finally, we arrive at Rachael Ray, a true abomination of cooking TV. She claims that her meals take thirty minutes and, in order to prove it, does her show in "real time" and assures us that she is working really hard during the commercial breaks. But as her critics state, there is no way that you could make all that food (she makes huge portions) in 30 minutes. Of course, those 30 minutes don't include eating time, because god forbid that she eats. Then again, how does she stay so svelte?

I could go on and on about chefs on the Food Network. Nigella is really great and clearly loves what she is doing. We also get some shots there that are similar to Ina's. Sandra Lee is a tart and a bit annoying, but cute. Paula Deen is terrible. But now you know about my influences. Next post, actual food.

Habitude et Attention

Première de toutes les capacités humaines, selon Goethe, est l'attention. Mais elle partage cette primauté avec l'habitude, qui dès le départ entre en rivalité de prééminence. Toute attention doit s'écouler en habitude, si elle ne veut pas faire éclater les êtres humains, et toute habitude doit être interrompue par l'attention si elle ne veut pas paralyser l'être humain. Noter quelque chose et s'y accoutumer, s'offenser et se réconcilier avec quelque chose – tels sont les sommets et les creux des vagues dans la mer de l'âme. Mais cette mer connaît des moments de calme. Il ne peut y avoir aucun doute qu'une personne qui est entièrement concentrée sur une pensée qui la tourmente, sur une douleur et sur ses pointes soudaines, peut soudain être déconcertée par un bruit à peine perceptible, un insecte bourdonnant ou voletant, qui aurait bien pu échapper à une oreille plus attentive et plus aiguisée. On peut présumer que plus l'âme est concentrée, plus elle est facilement distraite. Pourtant cette écoute concentrée n'est-elle pas simplement le développement ultime de l'attention, mais aussi sa fin – le moment où elle donne naissance à l'habitude ? Le bourdonnement ou le battement est le seuil, et imperceptiblement l'âme le franchit. C'est comme si elle ne souhaitait plus revenir au monde accoutumé – comme si elle habitait maintenant un nouveau monde, un monde dans lequel la douleur est un intendant. L'attention et la douleur sont complémentaires. Mais même l'habitude a son complément : nous en franchissons le seuil pendant le sommeil. Car ce qui vient à nous quand nous rêvons est une nouvelle et originale attention qui s'efforce d'émerger des entrailles de l'habitude. Les expériences quotidiennes, les expressions rebattues, les vestiges demeurés dans un coup d'oeil, la pulsation du sang – tout cela, jusqu'alors inaperçu et présent sous une forme contrefaite et excessivement aiguë, fait l'étoffe des rêves. Dans le rêve il n'y a pas de stupéfaction, comme dans la douleur il n'y a pas d'oubli, car tous deux portent en eux-mêmes leur opposé, tout comme pendant une accalmie les sommets et les creux des vagues se trouvent mélangés les uns aux autres.
(Walter Benjamin, One-Way Street)

Thursday, May 6, 2010

Fire walk with me

Dans la catégorie "Maintenant que je suis plus grand et que mon regard sur le monde a changé, je revois les bouses de mon adolescence avec une ironie un peu plus réjouissante" : Volcano. Ah ! Volcano... À dire vrai je ne l'avais justement pas vu quand, en 1997, au beau milieu d'autres disaster movies tels que Independance Day, Dante's Peak, puis Armageddon et Deep Impact (époque "bénie" de l'avant 11-septembre), débarquait sur nos écrans cette sorte de vérité absolue du film catastrophe qu'est Volcano. En effet, comme le soulignait hier soir mon ami Louis, on se trouve là face au degré zéro du film catastrophe : rien n'est plus stupide qu'un volcan débarquant en plein milieu de Los Angeles. Il n'y a rien d'autre à faire que paniquer, tenter des actions sans suite, se lamenter des dégâts qui s'accumulent, être bloqué dans le métro. À l'occasion, on peut aussi être géologue, comme Anne Heche, et prédire (mais sans certitude : "I'm a scientist : certainty is a BIG word !") qu'il va falloir s'attendre à pire encore.

Donc dans ce film, la chose est claire : on va juste tout détruire. Plus question d'attaque extra-terrestre ou autre fléau de l'espace. Le mal n'a qu'un nom : "lava". À en juger par certains gros plans sur la lave en fusion, avançant de sa cadence tranquille et dramatique dans les rues de L.A., le volcan est manifestement hostile à la race humaine. "The Lava Bomb !" s'écrit la géologue pour informer le reste de la population (bien joué d'ailleurs : on est en pleine nuit et en temps réel, ce qui évite le recours à l'évacuation et limite le nombre de figurants). Cette Lava Bomb (dont on comprend mal l'importance de la nommer : c'est juste une boule de lave, on a compris d'emblée) vous regarde de toutes ses braises et vous envoie des pépites enflammées (avec un bruit caractéristique, entre le feu d'artifice et la flèche empoisonnée) à ne pas sous-estimer ; c'est l'équivalent volcanique de l'alien de base.

Or il est déjà arrivé qu'on s'en prenne à une ville et qu'on cherche le meilleur moyen de la détruire ; c'était l'argument des "Body Snatchers", ces affreuses bestioles végétales qui vous envahissent, créent une copie de votre corps et vous laissent tomber en poussière ; dans la version des années 70, c'était San Francisco qui en pâtissait ; déjà, alors, la métaphore urbaine et ses multiples signifiants éclataient à l'écran, et c'était d'ailleurs assez splendide. Dans Volcano, la déclaration d'amour à L.A. ne fait pas de doute ; le générique de fin défile sur la chanson "I love L.A." ("In New York city, it's cold and damp etc.", on comprend assez vite l'ode au paradis californien) ; et quant au film lui-même, il n'en finit pas de citer les bons coins de L.A. : Wilshire Blvd, le Beverly Center, le Tar Pit... on sort des plans gigantesques de la ville, on réfléchit au meilleur itinéraire jusqu'à l'océan (car il ne fait de doute pour personne qu'une fois la lave dirigée vers l'océan, on a gagné). Il y a un "discours" sur L.A., évident dès la séquence d'ouverture, sorte de montage éclectique (et peut-être meilleur passage du film) qui présente une ville tout occupée de ses futiles et multiples activités, relayées par des médias en pleine puissance, dans une morosité et une impression de fracture sociale faite d'inégalité raciale, d'enfer urbain et de technologies en plein essor. En contrepoint on voit soudain la lave, dans les abîmes de la terre, qui fusionne à plein régime, ignorante de ces aléas contemporains. On entend se mêler les voix de plusieurs journalistes présentant les nouvelles ordinaires de la journée ; plusieurs langues (l'anglais et l'espagnol), plusieurs styles, plusieurs registres : c'est L.A., lieu de la diversité culturelle. Plus tard, on insiste lourdement sur un point : l'hostilité raciale. Il va falloir que ça change. Qu'à cela ne tienne : face au furieux volcan, tout le monde est le même ("Look ! Everybody's the same now", dit le petit garçon sauvé du désastre, en voyant les visages des gens couverts de cendres volcaniques), on doit s'entraider, aussi le pauvre black menotté (car grande gueule) par le méchant flic nazi (car chauve) est libéré et fait montre de sa force hors du commun.

À la fin, qui triomphe ? Non pas la famille, comme dans 2012 ou The War of the Worlds, puisque Anne Heche vient piquer la place de l'ex-femme de Tommy Lee Jones (encore que les orientations sexuelles de la géologue, influencées par l'actrice qui l'interprète, ne soient pas bien claires) ; non pas le Président, comme dans Indépendance Day ; non pas même un élément insoupçonné et cocasse, comme le reggae qu'écoute la grand-mère de Mars Attacks! ; non, la victoire vient de la ville elle-même, de ses gens, de leur bonté cachée qu'une catastrophe révèle; la fin, splendidement ratée, en reste sur cette note de joie, sur cette bonne humeur collective d'avoir accompli exactement tous les changements de comportement que le volcan exigeait. Si quelqu'un reste méchant, comme ce personnage de magnat de l'immobilier (John Corbett, inoubliable Aidan Shaw dans Sex&the City, à qui pourtant on donnerait le Bon Dieu sans confession) qui veut sa femme pour lui tout seul, alors qu'elle est médecin et qu'elle essaie de "sauver des vies", on trouvera un moyen de lui faire payer son tempérament (la tour qu'il vient de construire est détruite pour diriger la lave du bon côté).

C'est un projet et un propos cohérents, puisque c'est un film en temps réel ; comme dans 24h, les changements radicaux de caractère ou de réaction se justifient par l'imminence du danger. Ainsi, évidemment, la fille de ce (vieux) type qu'est Tommy Lee Jones passe de la condition d'idiote capricieuse à celle d'héroïne sortie des flammes. On n'en attend pas moins de quelqu'un qui survit à Volcano.

La dernière image du film est amusante : dans un terrible panoramique aérien montrant l'ouverture désormais accomplie du cratère au milieu de la ville, on voit s'inscrire en lettres informatiques : "Mont-Wilshire Volcano. Status : A-C-T-I-V-E." Au cas où on aurait l'outrecuidance de ne pas aussitôt désirer une suite.

Tuesday, May 4, 2010

Changement d'époque

Dans Single White Female (1992, "JF partagerait appartement" en français), la très croustillante Allie (Bridget Fonda, que l'on ne voit pas souvent, sinon en nymphomane sympathique et menacée dans Jackie Brown) est une sorte d'infographiste de mode freelance : on la voit principalement créer des vêtements par ordinateur, encore que les vêtements semblent se créer et se rajouter tout seuls sur des silhouettes en 3D : on n'y comprend pas grand-chose Mais c'est son métier, et elle est justement payée pour former un bureau à sa technologie. Une scène intéressante, au début du film, la montre en train de négocier le prix de sa mission : elle est très bonne dans ce qu'elle fait, mais sa notoriété n'est pas encore acquise. Elle ne s'en tirera pas avec le salaire espéré. Les "nouvelles technologies" n'étaient pas encore ce qu'elles sont.

Elle effectue pourtant un excellent travail, et tout le bureau est content. Enfin, "tout le bureau"... Malheureusement, dans ces films quelque peu minimalistes des années 90 (mais on pourrait sûrement dire la même chose des années 80), on n'est pas toujours convaincu par le réalisme des scènes. Ici, notamment, il n'y a de bureau que le directeur et une brave assistante d'une quarantaine d'années ; il faut imaginer le reste de l'entreprise bossant à plein régime, aux autres moments de la journée, dans ce grand espace vide. Toujours est-il que l'assistante en question finit par être formée, et Allie peut s'en aller, sa mission terminée. L'une de ses dernières manipulations informatiques apparaît bien étrange et bien ésotérique aux deux néophytes : elle crée un réseau intranet (si j'ai bien compris). Magique ! Cette femme est exceptionnelle.

Bien entendu, ce n'est pas du tout l'histoire du film, ce n'est que le prétexte. Il faut une occupation professionnelle à Allie pour ménager un peu la tension grimpante dans sa vie privée. On lui a sans doute choisi un peu au hasard, comme elle s'habille bien et qu'elle est de tempérament indépendant, un métier d'avenir. Le discours sur l'informatique n'est pas encore très clair (on n'est, après tout, qu'au début des années 90), mais le personnage en ressort explicitement moderne, citadin et débrouillard.

Or il y a dans le même film une autre technologie largement exploitée : le téléphone. Mais là encore, on est au début des années 90 : fil en spirale, répondeur à rembobiner, appareil intransportable. On peut encore tomber sur une ligne occupée ou, au contraire, attendre le coup de fil de quelqu'un sans autre moyen d'être informé. Le téléphone crée un espace opaque, où les mystères et les attentes de réponse s'accumulent. Impossible de joindre les parents de cette étrange colocataire, impossible pour ces parents de parler sereinement à leur fille. Le téléphone est un outil à efficacité variable. Dans la première scène, l'ex-femme de Sam, l'amant d'Allie, appelle au milieu de la nuit et révèle qu'ils ont couché ensemble la veille. Plus tard, c'est par un coup de téléphone qu'Allie comprend la mort de Sam. Le reste du temps, elle loupe ses coups de fil. Le téléphone n'est pas son meilleur allié.

L'ordinateur, en revanche, ça la connaît. Même si, indirectement, son travail lui cause des tracas (puisque ce fameux directeur d'entreprise va tenter d'abuser d'elle et la laissera s'enfuir en évitant de la payer), c'est Internet qui la venge le mieux : à distance, à la stupéfaction du couple patron-assistante (décidément tout le monde du travail résumé à sa portion congrue), les données patiemment accumulées durant toute une première partie de film s'effacent de l'écran; "It's happening on mine too!" s'écrie naïvement le violeur violé. On a peut-être crié au miracle dans les salles de cinéma des années 92 ; en 2010, la pauvreté du script en matière de technologie fait sourire. De nos jours, on a beau avoir lu Millenium, ça n'a pas l'air facile d'être un hacker.

Friday, April 30, 2010

La burqa and racial profiling in Arizona

And so, it has come to pass. With France's new law banning the burqa and Arizona's new law allowing racial profiling, SB 1070, we have inaugurated a new era in political farce and distraction. Those in power have for a long time used racial, religious, gender, and sexual prejudice to scapegoat and distract their subjects, it seems that using the legislative process to enact laws enforcing these prejudices in a Western Democracy is an example of the reversal of the expansion of freedoms that we are made to believe is still occurring. Despite all the rhetoric about the protection of freedom, never before has our freedom been so under attack by the forms of government which were meant to protect it. In 1942 FDR used the power of the executive order to force Japanese and Japanese-Americans into internment camps in the aftermath of Pearl Harbor, but he did not go through congress. He always was fond of a little secret though wasn't he that FDR? I can't think right now of any other examples, but I'm sure my lovely readers can.

Although the two laws are clearly very different in scope, people whom they target, etc. I believe that they are in response to similar, if not the same worldwide issues. Distraction, distraction, distraction. Both laws are at their core about the use of unimportant, misleading issues having to do with difference by people in power in order to distract voters from the important issues at hand that seem insoluble or at least very difficultly-soluble in the present. Much like what I do when I have a paper to write and go on facebook instead. I'm sure that many of you share my experiences in this regard. The problem is that, when politicians do it on a national stage they can actually cause some real damage, whereas I might just see some photos of old flames that I didn't really want to see. Yikes!

Let's talk about the laws themselves. In France, Sarkozy instigated a debate on national identity starting around last November. As this Christian Science Monitor article points out, This imposed national conversation was clearly aimed at securing the right wing vote for the regional elections (which by the way, was a spectacular failure since the PS basically swept the regionals albeit with only a ~50% turnout rate). I have to say that I unfortunately agree with the impulse to ban the burqa. I say unfortunately because my opinion is shared by this French professor of philosophy and political science whose blog is interestingly titled, Moral Health. In her post about la burqa she claims that Sarkozy is right to want to ban the burqa in public spaces because although most women claim that they wear it voluntarily it still represents an internalization of oppression that eliminates the female identity in a public space. This is undoubtedly true. The crux of the issue is highlighted through the strange comparison that she makes to the internalization of oppression represented by the burka and that which is represented by the Uncle Tom character.

Uncle Tom of course was a character from Harriet Beecher Stowe's novel, Uncle Tom's Cabin who was morally superior, but ultimately passive and subservient to his white masters. The term came to refer to a black person who, after the Civil War was over and slaves were freed everywhere, retained the mentality of slavery and remained subservient to white people. She claims that this is another example of internalized oppression, which no doubt it is, but the fact remains that you cannot legislate people's mentalities. Since Laurence is fond of using the Bible as a resource, here's a citation for her. God didn't make an 11th commandment saying that the Jews must rid themselves of their slave mentalities. Instead they wandered in the desert for 40 years until every last one of the old generation who had lived under slavery in Egypt had died. Only a new population who had never known slavery could live in the Promised Land and forge their own destinies.

I don't mean to say that they only way to combat oppression is to just wait for people to get over it. Political action, education, and activism are all important and necessary ways to combat it. But the fact remains that these need to come from the ground up, not from the top down. Sarkozy's actions have not freed Muslim women from the burden of the burqa (I believe that this law although only targeting burqa wearers, has implications for all Muslim women). They have only exposed them to the tortures of their own psyches. Forced to choose between going out uncovered and not going out at all, most will probably choose the latter. Here I am assuming that most burqa-wearers in France are immigrants, the verity of which I am not sure to be full. Anyone who can clarify on this issue is welcome to do so. In coming to France in the first place immigrants are exposed to new ways, a new culture. Continuing a custom from the old country is one way of bridging the traumatic gap between an old life and a new one. It also happens that this particular custom tends block out the outside world completely. Customs die hard, even the most incendiary ones. The only way to get rid of burqas may be to get rid of burqa-wearers, i.e. wait until they die. At least until then the French people can be contented that these women will be trapped in their homes by an insensitive law and their own troubled psyches.

Ultimately, this surge in the conversation in France about National Identity has more to do with trying to distract voters from really important issues like real actual security in the face of real actual danger from terrorists and a real actual economic crisis that is gripping Europe right now as we speak. "Don't think about the plummeting value of our currency," Sarkozy is saying. "Think about burqas." Apparently this strategy is working. In fact, only a miniscule percentage of women actually wear burqas in France (if anyone has any figures he or she would be welcome to share them) which is why this issue is unimportant.

Although SB 1070 in Arizona is clearly also about distraction, in no way do I agree with its impetus. This law is not about internalized oppression, but about sheer oppression, racial discrimination, hate and fear-mongering. It is about scape-goating a group of mostly innocent people for an economic downturn which is actually the fault of incumbent interests associated with Wall Street and unregulated finance capitalism, and for a rise in crime which is actually the fault of lax gun restriction along the border and unfettered American demand for illegal drugs (the necessity of whose smuggling across the border would be significantly diminished if we simply legalized marijuana, as CA is set to do in November!). But hey, blaming brown people is so much easier than dealing with real problems, right?

An editorial published today in the LA Times in support of SB 1070 contains some rather striking rhetorical fallacies that diminish the effectiveness of his argument. Besides being generally inaccurate about the information that he presents, Stein offers some scareperson quotes from an LA cardinal and a representative from ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now) in order to pigeonhole the other side's argument. He continues to justify it using anecdotal evidence about "the killing last month of rancher Robert Krentz -- police suspect by an illegal immigrant" and how it "is only the latest graphic example of the impact that rampant illegal immigration has on ordinary Arizonans." Since when has suspicion meant guilt, and on top of that, even if the crime were committed by an illegal immigrant, how is the action of one person a call to claim that all illegal immigrants are criminals? The article is also plagued by some rather grievous circular reasoning, saying that "Reasonable suspicion might include the lack of any sort of valid U.S. identification documents that police officers routinely request from anyone who is lawfully stopped." Hello! How do you know if somebody does or does not possess a valid form of identification? Because you have already stopped them! And why did you stop them? Because they were brown. 


In fact, most illegal immigrants come here in order to work and have no intention of committing crimes, besides the one that is represented by their very presence and is now, more than ever thanks to this brave new law, marked by the very color of their skin. Never mind the reasons, many that they are, that have been used to justify the law or even the wording of it. Any law that expressly or inexpressly designates racial profiling as a valid reasons for search and seizure is an evil, if not unconstitutional law.

This post has grown to a monstrous size and also, I'm hungry, so I will end it. Sorry for giving short shrift to Arizona, but I do feel that the issues there are a bit more straightforwardly black and white, like most things seem to have become in America these days. I will leave you with this last bit, directed to me from my friend Corina's facebook. The political theater that has arisen out of the passage of this law is getting to be a little frightening when we see that a U.S Congressman is saying that we should deport U.S. citizens. Have a racial day! You can't really help it in this great country of ours.